L’envers de la résilience

L’envers de la résilience

Ayant un enfant à besoins particuliers, au cours des dernières années, on a souvent salué ma résilience, à coup de « Wow! », « Félicitations! » ou de « Vous êtes vraiment courageux. ». À chaque fois, ce qui se voulait être un compliment me rendait mal à l’aise. Jusqu’à me faire ressentir, parfois, de la colère.

J’ai mis beaucoup de temps avant de comprendre cette réaction négative, pourtant commune à bien des résilients.

Qu’est-ce que la résilience?

C’est en lisant le livre « La face caché de la résilience », de Pierre-Yves Brissiaud (Excellent bouquin sur le sujet) que je suis parvenu à mieux définir la résilience.

La résilience n’est ni plus ni moins qu’un mécanisme d’adaptation à une épreuve, à une difficulté, à une réalité à laquelle un individu est confronté.

Autrement dit, être résilient, c’est « réussir à fonctionner le plus normalement possible en dépit d’éléments qui ne devraient pas faire partie de ce que l’on considère comme étant la normalité ».

Peu importe la raison pour laquelle on devient résilient (la maladie d’un enfant ou d’un proche, la perte soudaine d’un emploi que l’on aimait profondément, une inondation qui engendre d’importants dommages à une une résidence, un trouble de santé mentale, etc.), faire preuve de résilience, c’est se retrousser les manches et mettre en place des moyens pour s’adapter face à une dure réalité.

Être résilient, c’est refuser de se donner le statut de victime.

Pierre-Yves Brissiaud

La résilience ne guérit pas

J’ai dû reconnaître et accepter que ma résilience, soit ma capacité à fonctionner, à m’adapter, à ajuster l’ensemble de ma vie aux défis amenés par la condition de mon plus jeune enfant, ne remplaçait pas un véritable processus de guérison.

Derrière ma résilience, il y avait des blessures, une souffrance, des non-dits, des questionnements, des ambivalences et des peurs.

Tout ça camouflé par les mécanismes d’adaptation que je mettais en place pour poursuivre mon chemin au quotidien, le plus « normalement » possible.

Pourquoi j’avais une réaction négative

Lorsque l’on me félicitait pour ma résilience et que je réagissais mal, c’était parce que je sentais que ma douleur n’était pas entendue. Et, avec raison, parce que la dernière chose que je voulais, c’était me plaindre, faire pitié, ou donner l’impression que ma vie était mise sur pause.

Cependant, au fond de moi, j’avais besoin d’être accueilli, accepté, compris, dans ma douleur et dans ma grande vulnérabilité. Mais, je ne prêtais guère attention à ce besoin. Je ne cherchais pas à le combler. Je ne jugeais pas nécessaire de l’écouter.

Je voulais être fort et j’étais persuadé que je devais l’être.

Pour mon enfant, pour ma famille, mais pour moi aussi. Pour me montrer que j’étais capable de passer à travers et que je ne m’effondrerais pas.

Toutefois, le besoin demeurait. Et, lorsqu’on s’émerveillait devant mon « extraordinaire résilience », c’est lui qui grondait un peu plus fort et qui engendrait un sentiment de colère en moi.

Si t’es fâché parce que les gens te trouvent bon, pourquoi tu t’entêtes à faire semblant que tout va bien?

Ma p’tite voix que je n’écoutais pas

Je ne voulais pas une ovation debout parce que je survivais au quotidien. Je voulais juste avoir le droit de trouver ça dur et que l’on le reconnaisse.

Or, ce n’était pas aux gens de m’accorder ce droit.

C’était à moi.

Un premier pas vers l’acceptation

Avoir l’air fort et en contrôle de la situation peut être valorisant, flatteur. Être félicité pour sa résilience, c’est voir sa capacité de garder la tête hors de l’eau être reconnue.

L’égo ne déteste pas ça.

Sans que je ne m’en rende compte, probablement que le mien y trouvait une certaine satisfaction.

Mais, faire preuve de résilience ne guérit pas les bobos.

Ce n’est pas parce que l’on est résilient que l’on ne souffre pas.

Ce que j’espérait sans m’en apercevoir, c’était que les gens, surtout mes proches, que j’aimais, entendent ma douleur.

Mais, pour que ce soit possible, je devais me permettre de la ressentir et de la leur exprimer.

Une fois que j’ai compris cela, j’ai progressivement cessé de vouloir avoir l’air en contrôle.

Ce n’est pas facile être résilient

J’ai commencé à remercier, sincèrement, ceux qui soulignaient ma résilience. Je ne voyais plus leurs remarques négativement. Elles ne me faisaient plus bouillonner par en-dedans.

Il y a quelques années, j’aurais eu envie de leur répondre: « Résilient, ben oui! Mais t’as pas idée à quel point c’est rough. Tu ne sais pas à travers quoi je dois passer pour avoir l’air aussi hot! ».

Mais je ravalais mes paroles parce que je ne me permettais pas d’exprimer cette vulnérabilité.

Ce qui était une forme de compliment et de reconnaissance devenait source de colère et de frustration.

J’ai changé

Maintenant, lorsque l’on salue ma résilience, je l’accepte. Ça me fait même du bien. Je sais que les gens ne nient pas ma douleur, mais reconnaissent ma capacité d’adaptation, ma force. Puis, lorsque je ressens le besoin d’exprimer une part de ma souffrance, je me le permets.

Parce qu’une personne résiliente peut souffrir et avoir encore des plaies à guérir.

Aujourd’hui, je me donne le droit d’affirmer que ce n’est pas toujours évident, que j’ai eu une mauvaise journée, que j’aimerais bien pouvoir changer ci ou ça, que j’aurais besoin d’un coup de pouce et que la vie n’est pas aussi rose qu’elle en a l’air.

Je ne m’oblige plus à avoir toujours l’air solide comme le roc. Quand j’ai mal, quand je veux de l’aide, quand je suis perdu, je le verbalise.

Et surtout, je prends le temps de m’arrêter. D’accepter et de guérir mes blessures. De comprendre mes non-dits. De trouver des réponses à mes questionnements. D’éclaircir mes ambivalences et de mieux m’outiller afin de pallier à mes peurs.

Voilà. Vous aviez raison.

Je suis résilient, merci!

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Article 2 (à venir)
By: JF Quessy mars 25, 2018

2 Comments Hide Comments

Wow si bien dit tu me fais comprendre bien des choses sur mes ressentis. Nous avons 4 enfants dont notre grande SGT, dyspraxie, anxiété généralisé et nouvellement TSA en pleine adolescence. Et une petite -grande de 8 ans trisomique. C’est tellement difficile par bout… Merci moi aussi je te suis depuis longtemps et ton écriture est super. Bon courage dans vos épreuves xx

Merci Maryse pour ton commentaire! Je suis heureux que ça ait résonné chez toi. Tu as une vie meublée de passablement de défis, pas de quoi s’ennuyer!!! C’est sûr que ça doit être super difficile par bout… Quand les diagnostics s’additionnent comme ça, on en vient parfois à se demander où ça arrêtera. À chaque fois, le défi se modifie, prend de l’ampleur, nous demande forces, énergie, acceptation et résilience. Mais, même si on réussit à escalader de hautes montagnes, on peut avoir mal et il faut prendre soin de nos bobos aussi. Bon courage à toi aussi, tes filles sont assurément chanceuses de t’avoir.

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